Beauté
![]()
Certaines senteurs ramènent à notre souvenir les êtres flamboyants que nous avons aimés, connus ou admirés. Un air de jazz s’impose alors, musique au parfum mélancolique par excellence.
« Seigneur délivre-moi bientôt / Car j’ai le cœur qui saigne » est un exemple parmi d’autres des paroles lancinantes qu’écrivait le jeune homme pour ses chansons. Certaines ont été enregistrées. La plus frappante le dépeint en fantôme errant, mais Lola pense plutôt à un zombie : « Mes yeux ont disparu, tout comme mes paupières. » En d’autres circonstances, telle imagerie vaudou chère au folklore de la Nouvelle-Orléans, où le jazz, dit-on, naquit au début du siècle dernier, plongerait Lola dans un ravissement enfantin. Car elle adore le sud des états-Unis, matrice de toutes les musiques qu’elle connaît, moins bien pourtant que l’homme plus haut évoqué, qui restera jeune pour l’éternité.
« Live Jazz » a vingt ans cette année et la fougue vibrante qui sied à son âge. Son caractère vert et fleuri lui confère un peps printanier, son sillage frais mêle pamplemousse et feuilles de rhubarbe, sauge et bois de santal. Pour un peu, Lola se prendrait pour son vieux sosie Tallulah Bankhead reniflant les gardénias ornant invariablement les cheveux de son amante Billie Holiday, « Lady Day » chantant la nuit venue dans l’orchestre de Count Basie. Mais le charme est loin d’agir à l’égal d’« Opium », et l’amazone ne peut plus sentir « Paris ».
« Je suis passé par bien des angoisses, bien des enfers. » Lola relit les mots prononcés par Yves Saint-Laurent en 2002 dans son discours d’adieu. « J’ai connu la peur et la terrible solitude. Les faux amis que sont les tranquillisants et les stupéfiants. La prison de la dépression et celle des maisons de santé. » Tout est effrayant quand on est enfermé, a songé Lola quelque temps avant que la mort ne frappe. L’eau y est apparue en premier, c’était celle d’Issey Miyake, le parfum que le garçon portait. Puis un feu a couru sur la terre et embrasé l’horizon, comme dans cette autre chanson qui parle de « fureur des cieux » et d’« ouragan de l’Est », avant de s’achever en menaçante prophétie : « Voici pour ceux qui ont (…) courbé l’échine et accepté leur sort / L’heure de la loi suprême qui vengera leur mort. »
Ouch ! En serrant contre le sien le petit cœur écarlate qu’il lui a offert, Lola se souvient de l’intensité du jeune Slave, sa générosité, sa passion sincère pour le rock’n’roll et quelques-uns de ses héros : Elvis, Dylan, Strummer et Springsteen. Que des types censés avoir plus ou moins contribué à « changer le monde ». Dans son speech d’adieu, YSL disait aussi avoir participé à son évolution, « avec des vêtements, ce qui est sûrement moins important que la musique. » Là-dessus, le compagnon de Pierre Bergé s’est trompé : décédé un jour après lui, Bo Diddley, l’un des inventeurs spoliés du rock’n’roll, ne fera pas autant de vagues.
Après une édition limitée au design glorieusement phallique signé Jean Nouvel, « L’Homme » se décline postmortem en eau d’été fleurant bon la lavande et la violette. Des senteurs assez lointaines de la chanson qui illustrait le clip originel du parfum. Les paroles d’Everything Can Go convoquent en effet les démons de l’enfer, les sept plaies d’Egypte et toutes sortes de catastrophes naturelles. « Que tout aille au diable ! » répète le parolier, qui livrait récemment une version country de la chanson sur le CD du duo Heartbreak Hotel. Elvis approchait. Le jeune homme concluait de ces trois mots son antiportrait du King of Rock : « Voilà, c’est fini… » L’ouragan de Belgrade était passé, laissant l’enfer aux vivants pour embrasser la grâce. Les cœurs fragiles se brisent parfois.
www.ysl-parfums.com/fr/
www.myspace.com/heartbreakhotelmusic
Publié le 28 avril 2009 par pews

Réagissez
Laisser une réponse