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Art

Contemporain vs classique

Confrontation du contemporain et du classique, travail sur les résonances des images du passé… L’art sait – encore – provoquer des remous.

Alors que la superbe venue du Roi Jeff Koons à Versailles a quelque peu agité la rentrée de la « Cour » de l’art contemporain et provoqué l’indignation des soi-disant défenseurs du patrimoine (français), un autre château déroule aussi le tapis rouge à la création actuelle. Fontainebleau, haut lieu des peintres de la Renaissance française, accueille en effet les artistes qui gravitent dans le giron du Palais de Tokyo. Sans pousser les meubles, sans faire de l’ombre aux pièces de maîtres, « l’exposition, explique Marc-Olivier Wahler, directeur du centre d’art, s’insère là de manière indicielle et discrète, tout en soulignant la charge historique de Fontainebleau. L’accrochage suit une logique de greffe ». À l’image de ce chat empaillé et gonflé à l’helium, qui touche le plafond de l’escalier de la Reine, tapissé de scènes de chasse. Une pièce de Werner Reitterer à laquelle répond un peu plus loin cet éléphant de Daniel Firman, tête-bêche, posé en équilibre sur sa trompe au beau milieu de la bibliothèque. Clin d’œil à François Ier dont l’éléphant fleurdelisé était le symbole. Certes, la greffe ne prend pas à tous les coups, mais le château dans ces cas-là se défend tout seul, le décorum surchargé prenant le dessus. Un décor extravagant et onirique, c’est la corde aristo-pop que fait d’ailleurs vibrer l’Américaine Marnie Weber dans ses vidéos, performances ou installations. Épouse du non moins foutraque Jim Shaw, elle met en scène des tribus de filles fantômes, prêtres- ses vêtues de longues robes blanches présidant à des rites déviants. Avec son côté new-wave mâtiné d’une esthétique féerique, Marnie Weber représente la veine féminine kitsch et tragique de la scène trash de Los Angeles. Rien à voir donc avec les petits dessins désuets de Loïc Raguénès. Rien à voir… sauf quand même, cette manière de cultiver une fausse innocence : voilà donc, dans le travail de l’artiste français, les marionnettes de Chapi Chapo et des Muppets, ou encore Belmondo dans La Sirène du Mississipi, le film de Truffaut, tracés en pointillés et en monochrome sur toile ou sur papier. Cette technique renvoie à la trame d’imprimerie, mais aussi à la neige télévisuelle : autant de modes de reproduction ou de diffusion déjà dépassés à l’heure du numérique. Si bien qu’ainsi dégradées, floues et indistinctes, les images de l’artiste français évoquent en fait un monde en voie de disparition dont elles sont les revenantes, les fantômes obsédants. Il n’y a pas qu’à Fontainebleau ou à Versailles que l’art contemporain joue les spirites et fait remonter à la surface les spectres du passé.

Loïc Raguénès, à Triple V, 20, rue de la Liberté,à Dijon, jusqu’au 18 octobre/
www.triple-v.fr

The Melancholy Circus, Marnie Weber, à la galerie Praz-Delavallade, 28, rue Louise-Weiss, à Paris 13e, jusqu’au 8 novembre
www.praz-delavallade.com

Château de Tokyo/Palais de Fontainebleau, au Château de Fontainebleau, jusqu’au 17 novembre
www.palaisdetokyo.com

Publié le 27 avril 2009 par pews


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