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Art

L’art contemporain en musique

On connaît la musique. L’art contemporain s’intéresse régulièrement à l’expression sonore, visuelle ou scénique de cultures alternatives comme le rock et ses avatars. Mais cette année, plus que jamais.

Comme tous les sujets en « et » (« arts plastiques et danse », « arts plastiques et cinéma »…), le sujet « arts plastiques et musique » est devenu une ritournelle un peu stridente qui tape sur les nerfs à force de passer en boucle. Après Sons & Lumières à Beaubourg en 2005, après Live ou « l’art et le concert » au Palais de Tokyo, après Playback ou « l’art et le clip », l’été dernier au Musée d’art moderne, après Patti Smith ou « les dessins d’une rock star », à la Fondation Cartier cet hiver, voilà le nouveau hit de cette compil’ : Sonic Youth etc- Sensational Fix qui se tient au Life de Saint- Nazaire. Sauf que là, pour plein de raisons, l’exposition semble prendre la question par le bon bout. D’abord, le quatuor new- yorkais n’a attendu personne pour travailler avec les meilleurs artistes américains. En flanquant les petites poupées tricotées par Mike Kelley sur la couverture de leur album Dirty ou une des Nurse Painting de Richard Prince sur celle de Sonic Nurse, le groupe colle à une création trash et conceptuelle à la fois. Venue de la West Coast des années 90, cette esthétique est prompte à massacrer les icônes populaires et à régler son compte à l’industrie du divertissement. Si on ajoute à ce paysage les photos à l’érotisme baveux de Richard Kern ou la littérature beat des Allen Ginsberg et Jack Kerouac, l’expo suit autour de Sonic Youth l’orbite d’une création améri- caine alternative, raide et dure à cuire, dont tous les tenants se sont croisés à un moment ou à un autre. Christian Marclay, artiste et musicien, adepte d’un usage contre-nature du tourne- disque dès 1979, aux origines du sample, fait partie de cette bande-là. Mais le Californien se voit aussi consacrer une expo au Mamco de Genève, qui dévoile un aspect peu montré de son œuvre : les photos. Comme son travail vidéo ou ses performances sonores, celles-là reposent largement sur une esthétique du collage et du bricolage de haute volée. Marclay se passe ainsi de l’appareil photo pour saisir la lumière sur des photogrammes. Moins expérimental, le travail du jeune artiste niçois Arnaud Maguet permet néanmoins de voir ce qu’il reste de tous ces pionniers du Son & Lumière. Maguet est un drôle de drille qui se la joue volontiers petite frappe aux cheveux gominés. Ce type est une pile électrique à l’érudition musicale longue comme les rangées de vinyles alignés sur ses étagères, et son expo une enquête enjouée sur ce qu’il est advenu de l’âge d’or de la contre- culture. Les œuvres se posent là comme de scènes reconstituées, de personnages interrogés, de morceaux réinterprétés. Y surgit le fantôme d’Elvis ou encore celui de l’afro-futurisme d’un Sun Ra, sans oublier une joyeuse troupe d’invités avec qui Maguet a l’habitude de collaborer sans perdre de vue cette idée : que la rencontre de l’art et de la musique ne peut plus avoir lieu dans une zone abstraite et éthérée comme à l’époque de Paul Klee et du Bauhaus, mais aux abords de la culture de masse, de ses lieux de diffusion et de production. Et c’est déjà une autre partition.

Sonic Youth etc- Sensational Fix, au Life de Saint-Nazaire, jusqu’au 7 septembre,
www.lelife.org

Honk if you Love Silence, Christian Marclay, au Mamco de Genève, jusqu’au 21 septembre,
www.mamco.ch

Mais qu’est-il arrivé à cette musique, Arnaud Maguet & Guests, à la Villa Arson, jusqu’au 28 septembre.

Publié le 27 avril 2009 par pews

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