Entretien avec Elia B. Pour notre numéro « Printemps / Été 2025 », nous avions mis à l’honneur deux musiciennes pour offrir un diptyque thématique. Mais en parallèle, nous avions également publié un hors-série dont la couverture était signée Elia B., dont un édito se trouvait également dans les pages du magazine. Nous vous reproposons tout ce contenu aujourd’hui, enfin en entier, ainsi qu’un entretien exclusif à l’occasion de la sortie de son livre de photos, Renaissance – instants de vie, disponible sur Amazon : Pourquoi publier aujourd’hui ce livre de nus, Re-Naissance ? Quelle nécessité personnelle ou artistique derrière ce projet ? Passionné de photographie depuis de nombreuses années, j’ai pris l’habitude d’organiser des shootings en marge de ses activités habituelles. Je me suis spécialisé dans le Nu Artistique, qui représente la majeure partie de mes séances de shootings, avec quelques interventions dans la Mode et la promotion de produits, ou les photos backstage des films de Cinéma. Le Nu Artistique procède d’une démarche de célébration de la beauté du corps de la femme, dans des décors adaptés qui le subliment, avec un objectif de donner à chaque photo un aspect tableau de peinture de l’école réaliste. Plusieurs photographes procèdent de cette démarche, avec une unicité de style que je trouve parfois lassante. Au risque de déranger le spectateur qui visionne mes photos, je ne cherche pas à uniformiser le style pour avoir une « patte »reconnaissable », je préfère travailler chaque photo en post-traitement comme objet unique, pour trouver le ton et le rendu le plus adapté à chacune. J’aime bien regarder chaque photo de façon indépendante et ne pas raisonner avec des séries… J’ai décidé de publier mon premier livre qui concentre mes meilleures photos à date, c’est un livre de 252 pages que j’ai composé avec soin et grand plaisir, et j’invite les lecteurs à le feuilleter en se plongeant dans chaque photo indépendamment les unes des autres. Tu viens du cinéma, de la production. Qu’est-ce que la photographie t’apporte que le cinéma ne t’apportait pas ? En tant que producteur de films, je suis un peu frustré de ne pouvoir créer artistiquement directement, puisque c’est le réalisateur qui fait le film, et je n’ai aucun talent de réalisateur. J’ai trouvé dans la photographie un moyen d’exprimer mes envies artistiques, c’est à ma portée. Et je me suis aperçu que je prenais beaucoup de plaisir dans le processus d’édition des photos, en partant de la matière brute et en cherchant à varier les paramètres pour trouver le rendu le plus saisissant. Dans le livre, on sent un hommage aux grands photographes de mode et de nu (Newton, Lindbergh, Roversi…), mais aussi une volonté d’aller ailleurs. Comment définirais-tu ta propre approche du corps féminin ? J’essaie de créer des références à des tableaux de peinture réaliste, des écoles Française, Italiennes et Flamandes, en toute humilité. C’est le corps plongé dans son environnement qui parfois dégage une impression de symbiose réussie et permet de figer un instant de vie pour toujours, comme un tableau de peintre. Tes modèles apparaissent libres, souvent très affirmés dans leur regard. Comment construis-tu cette relation de confiance avec elles ? Je fais des shootings depuis longtemps, les modèles communiquent entre elles, elles savent que la seule chose qui m’intéresse c’est d’essayer de faire de jolies photos. Elles ont vu mon travail, elles sont rassurées sur les intentions, elles arrivent donc avec enthousiasme et détermination et confiance, ça leur permet de se lâcher dans le recherche du cliché réussi. Elles me disent souvent qu’elles ont aimé ce moment qu’elles ont trouvé très agréable et ça me fait plaisir. La préface de Tristane Banon replace ton travail dans un contexte plus large : la pudeur religieuse, la censure contemporaine, le droit au nu comme liberté. Tu te reconnais dans cette lecture militante ? Totalement, j’ai contacté Tristane en lui proposant de préfacer le livre, et j’ai été ravi de la confiance qu’elle m’a accordée. Elle a je pense aimé les photos, et elle a été très inspirée dans sa préface et ses commentaires de chaque section du livre. Elle est pour moi le symbole de la lutte contre les dérives machistes, en plus d’être une journaliste percutante et une autrice à succès. Le fait qu’elle accepte de préfacer un livre de Nus est à la fois une démarche qui peut surprendre mais en même temps un acte qui replace le livre dans un contexte purement artistique sans autre interprétation possible. Tu parles de « sérénité » dans tes images, d’un apaisement. C’est ça que tu cherches à transmettre, une sorte de contrepoint à un monde anxiogène ? Tout à fait, je trouve que le contexte actuel est très anxiogène, le stress est partout, la vie est souvent dure, les questions existentialistes obsédantes et sans réponses satisfaisantes. La beauté dans le monde est une des choses qui font que la vie, dans son dérangeant mystère, vaut la peine d’être vécue. Beauté des paysages, beauté des oeuvres d’Art, beauté des personnes…et c’est ce qui me guide dans mon travail. Certains disent que l’art du nu est devenu « daté », voire problématique aujourd’hui. Qu’est-ce que tu réponds à ça ? C’est un fait il est aujourd’hui « non grata » avec le wokisme actuel. Je reste un des dinausores du passé qui essaie de prolonger un peu les choses, au détriment de la bien-pensance…Ce qui est beau doit être révélé et exposé, ce serait dommage de ne plus le faire. Mais je comprends que l’on puisse ne pas partager ce point de vue pour des raisons diverses autres. Pourquoi ce pseudonyme, Elia B. ? Et est-ce que tu comptes garder cette double identité, producteur de cinéma et photographe ? Oui car ce sont deux démarches indépendantes et difficilement conciliables dans la même identité. Enfin, si tu devais résumer Renaissance en une seule image du livre, laquelle choisirais-tu et pourquoi ? La photo de couverture, je trouve que tout y est dit. Et longue vie à Playboy qui reste un symbole d’un certain Art de Vivre… Cette version est encore disponible pour quelques exemplaires : nous contacter !