Prouvez que vous n’êtes pas une machine


Amen Birdmen est de retour ! Le groupe à l’énergie rock intemporelle est d’abord né en 2006 quand les membres du groupe n’étaient encore que de jeunes lycées passionnés par une musique commune. La bande, composée de Cyril Bodin (chant), Nicolas Bollier (basse), Alexandre Delacroix (guitare), Benjamin Delacroix (batterie), et Alexandre De Gouveia (guitare), a toujours été explosive sur scène et s’est vite faite un nom. Ils ont joué dès 2007 à Rock Am Ring, Terra Neuvas ou en première partie de Shaka Ponk. Après un premier EP en 2010, le groupe se sépare en 2014. Après quasiment dix ans de pause, Amen Birdmen avait amorcé ses retrouvailles en participant à la clôture du mythique club le « Bus Palladium » en 2022. Les choses se sont accélérées ! Un single sort en ce mois de mars et un album, « ICARUS », très attendu est prévu pour la rentrée 2024 ! Playboy a eu la chance de pouvoir l’écouter en intégralité et de rencontrer le leader du groupe, Cyril, dans son nouveau QG du « Sub » pour une interview. Il est toujours délicat de découvrir de nouveaux groupes de rock français, alors quand les bonnes surprises, miraculeuses, arrivent, il faut leur rendre grâce. C’est le cas avec Amen Birdmen dont le niveau musical, sur tous les plans, n’a rien à envier aux professionnels du rock musclé et mélodique américains : il y a du Slash et du Sound Garden dans les grattes ; une voix d’une justesse et d’une puissance rares, sans malaise, qu’on n’entend jamais dans l’hexagone ; des mélodies et des progressions d’accords efficaces et fines ; de l’inventivité ; une production aux petits oignons… Cela saute aux oreilles que « ICARUS » est un album complet, mis en boite par des mecs qui ont écouté et joué de la musique toutes leurs vies et qui parviennent à faire du rock autre chose que du bruit ou une musique festive, à en faire de l’art. Pour ne rien gâcher, nous allons pouvoir éprouver leur réputation de bêtes de scènes puisqu’ils seront sur scène au « Sub » le 23 Mars pour fêter la sortie de leur single « Prototype AI » et de leur clip, la veille à minuit.

La première chose que je voulais vous demander est simple : vous vous étiez arrêtés en tant que groupe pour aujourd’hui vous reformer quasiment 10 ans après… Qu’est-ce qui a motivé de vraiment reprendre d’un coup ?

Déjà on a fait la fermeture du Bus Palladium, ce qui a contribué à nous redonner envie. On avait fait qu’une seule répète, et puis les gens sont venus nous voir et nous ont un peu convaincus qu’ils aimeraient nous revoir encore. On avait quelques démos qu’on avait jamais enregistrées au propre. On avait de la matière donc on s’est dit que c’était dommage de passer à côté de tout ça. En plus, avec la fin du Bus qui me prenait beaucoup de temps, eh bien on s’est dit qu’on repartait pour un tour ! Tout le monde était motivé.

Ah oui, avant tu étais directeur artistique du mythique Bus, c’est ça ?

Voilà, j’étais directeur artistique au Bus de 2010 à 2022.

J’ai pu écouter l’intégralité de l’album que vous allez sortir en avant-première. Bravo, déjà, car le risque quand on me fait écouter un groupe que je ne connais pas c’est que ce soit nul et gênant, surtout quand ce sont des amis… Et là, sincèrement, ce n’était pas le cas. Ma question porte sur le single : pourquoi « Prototype AI » alors que c’est peut-être celle qui fait la plus « à part » du reste ?

Justement ! C’est pour essayer de faire peut-être un petit peu le lien entre quelque chose d’un peu plus moderne et mainstream et le reste de l’album… On trouvait que cela avait un sens. C’est un morceau qui a été écrit il y a 12 ou 13 ans, donc bien avant qu’on parle sérieusement d’Intelligence Artificielle, et ç a parle d’un robot qui a des sentiments humains et on trouvait que c’était vraiment dans l’air du temps. On a osé un autotune au début alors que ce n’est pas du tout le délire du groupe. On s’est dit que c’était peut-être un morceau original.

Pour moi, on sent un film conducteur, et on sent les influences attendues, mais aussi un côté plus surprenant, electro, Daft Punk… Qui apporte ça dans le groupe ?

Ça vient de Romain Seo et moi. Romain, c’était le compositeur aussi avec moi. En fait, pour la petite histoire, j’ai enregistré un album d’electro, justement avec Guy-Man des Daft Punk en 2002 ou 2003. On était signés chez Ministry of sound. On était dans la French Touch, dans ce milieu-là. Je suis DJ aussi donc j’ai mixé pas mal dans les clubs, à Shefield, à Londres, à Moscou ou Miami… Donc c’était cohérent ! Et on nous parle beaucoup de Soundgarden, etc., donc on ne voulait pas refaire ce qu’ils ont très bien fait. Je trouvais que ramener une valeur ajoutée un peu plus moderne.

Qui a fait le clip ?

Alors, pour le clip on a eu quelques propositions… J’ai mon bassiste qui a trouvé un gars au Canada qui faisait des petites vidéos avec l’IA et on s’est dit : pourquoi pas essayer de tenter avec ce gars ? Ce n’est donc que de l’IA. Autant te dire que pour les rockeurs puristes, entre l’autotune et ça, ça va en faire bondir certains, mais c’est assumé ! On avait pas mis l’autotune au départ et on a pensé que quitte à aller dans ce délire-là, autant y aller à fond. Et ce morceau est un bon prétexte.

Vous avez utilisé des effets sur les voix ailleurs également, ça m’a rappelé les Strokes ou plutôt Velvet Revolver…

Alors ça c’est plutôt un choix du producteur qui s’appelle Fred Duquesne. C’est lui à qui on a fait confiance pour choisir…

Et alors Slash, par exemple avec Myles Kennedy, il fait aussi partie de vos influences ?

Bah les Guns, surtout ! On l’entend peut-être sur certains solos… La donfitude des Guns dont j’étais fan quand j’étais ado…

Ah, ce n’est plus le cas ?

Je les ai toujours vus comme un peu ringards mais c’était tellement fort… Sur les vieux albums, je kiffe toujours. Ça a toujours été un peu ring’ mais ça déboite donc c’est pas grave…

J’ai trouvé aussi les couplets du morceau « Existence » en cela qu’ils m’ont fait penser à…

Michael Jackson ? Oui ! J’adore ! Je suis un fan. Quand j’étais petit je m’entrainais devant la glace à chanter « Thriller » et tout ça. Ça fait inexorablement partie des héros, tout comme toute la musique soul américaine par ailleurs.

Vous préparez donc un album qui va sortir cette année ? Au-delà de ce disque, vous avez un rêve derrière ?

Il est prêt, masterisé. En fait, pour le dire vulgairement, je commence à me sortir les doigts ! C’est vrai que j’ai un bon réseau et j’en ai jamais vraiment joué et là je commence à me réveiller. C’est pour ça que j’ai appelé des gens de la presse ou que j’avais envie de collaborer avec vous ! Mais pour le moment, puisque je n’avais ni manager, ni bookeur, tourneur, etc., nous étions un peu seuls à tout faire. 100% autoproduction !

Et vous envisagez de beaucoup jouer en live ? De pouvoir faire d’autres disques en studio encore ?

Tout ! Le live, c’est chanmé. Si après, ça prend, évidemment il va falloir retourner au charbon. L’idée c’est de faire exister notre musique et ne pas avoir de regrets. Souvent, on nous dit que nous ne sommes pas au bon endroit, que c’est trop rock, trop intelligent, en anglais, etc., et que ce serait plus adapté aux USA qu’à la France. J’entends ça depuis le début du groupe. Peut-être qu’on devrait aussi se tourner vers l’étranger !

Justement, as-tu déjà pensé à chanter en français ?

Oui ! Mais je trouve qu’avec une voix assez puissante comme la mienne, chanter en français fait un côté Johnny, avec tout le respect que je dois à Johnny. Même si je sais qu’il y aurait potentiellement un créneau plus accessible et plus facile pour trouver une place en français, moi je trouve que je le fais mieux en anglais, donc je ne vais pas baisser mon slip. Tant pis si ça ne plait pas.